Article: liberation.fr about iphoneart

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iPhone : l’art à petites touches

Numérique. L’écran tactile du portable incite graphistes et musiciens à générer leurs propres applications. Un modèle économique naissant.

Par MARIE LECHNER

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L’application PhiLia 01 de l’artiste autrichienne Lia permet d’emporter ses œuvres avec soi. DR

Excitation dans le landernau artistique au printemps dernier : David Hockney, 71 ans, le plus influent peintre britannique du XXe siècle, figure du pop art anglais, peint sur son iPhone ! «Hockney est accro et a même investi dans un mini-chevalet en bois pour poser son iphone dessus», rapporte le Telegraph. Un journaliste de Bloomberg le décrit en train de se «raser numériquement» avec son joujou high-tech qui fait «brrrrzzzzzzzt». Mais c’est surtout l’application qui lui permet de gribouiller sur l’écran avec son doigt (Brushes App) qui l’occupe : «Je dessine des fleurs tous les jours et les envoie à mes amis, ainsi ils ont des fleurs fraîches tous les matins.» Hockney n’est pas ce qu’on appelle un newbie en matière de nouvelles technologies puisqu’il y a vingt ans de ça, il réalisait déjà des impressions avec un fax, des collages avec des Polaroids et des dessins sur ordinateur. Tout comme Warhol, sollicité pour le lancement en grande pompe de l’Amiga en 1985. Il utilisa la palette graphique de l’ordinateur personnel pour peindre en direct devant une presse extasiée le portrait de Debbie Harry, chanteuse de Blondie. Aujourd’hui c’est au tour de l’iPhone d’être adoubé par Hockney, «une consécration, s’il en était besoin, de la technologie numérique comme un médium de l’art contemporain», lit-on dans le New York Times qui parle d’une «petite sensation». Rien que ça. Les artistes, nombreux, qui utilisent et questionnent ces technologies depuis belle lurette n’en prendront pas ombrage.

«énergie».
Apple n’aurait pu rêver meilleure publicité pour son mobile à écran tactile. Les bouquets griffonnés par le peintre ne sont toutefois pas les seules expérimentations artistiques sur cette plate-forme. Depuis que Apple a mis à disposition son kit de développement logiciel pour iPhone (SDK) en juillet 2008, il est possible de créer des applications, exclusivement mise en vente sur iTunes ou l’App Store. Les «apps», dont les prix oscillent pour la plupart entre gratuité et 1,99 euro, offrent une nouvelle plate-forme de diffusion (avec ses 40 millions d’utilisateurs) pour les artistes. Android, webOS de Palm, Blackberry et Nokia ne sont pas encore près de rivaliser.

«Je suis satisfaite du nombre de téléchargements, explique Lia, pionnière du Net art, qui vient d’adapter l’une de ses œuvres en ligne pour l’iPhone. Dans les années 90, les gens comme moi produisaient (et produisent toujours) de l’art en ligne totalement gratuit pour toute personne ayant un accès internet. Le prix très accessible de l’application iPhone (2,39 euros, moins qu’une bière dans un bar) est une manière de récupérer un peu de l’énergie qui a été nécessaire pour création de la pièce.» De l’argent de poche donc, mais pas encore un business model. D’autant que 30 % est reversé à Apple qui a toute latitude d’accepter ou non une «app».

Encore balbutiant, ce que certains appellent déjà «iPhone art» tente de se frayer une visibilité parmi les 75 000 «apps» proposées au téléchargement dans l’App Store, aussi essentielles que sniffer une ligne de coke, jouer de l’harmonica ou plus prosaïquement trouver un restaurant.

C’est parce que «Apple ne propose pas encore de section art dans son magasin et que c’est quasi impossible de les trouver tout seul» que Lia a commencé à lister des «apps» artistiques qu’elle apprécie sur un site dédié, Iphoneart.org. Y figure sa propre création PhiLia 01 qui permet à l’utilisateur de générer des compositions audiovisuelles abstraites en touchant l’écran ou en l’inclinant. «L’iPhone est une autre manière de distribuer mon art logiciel, il a des qualités que n’a pas un ordinateur classique : le multitouch, l’accéléromètre (qui permet de bouger, de secouer l’objet), et c’est très simple à transporter, ce qui signifie que vous pouvez emporter l’œuvre avec vous», explique l’artiste autrichienne qui a développé en partie cette application avec le logiciel open source Openframeworks et travaille déjà à PhiLia 02.

Jouet sonore.
Son site propose une dizaine d’applications dont celle de Miltos Manetas, artiste numérique et peintre, qui a lui aussi adapté son site internet à succès, Jacksonpollock.org, en application mobile. Au lieu de cliquer, on tapote l’écran pour créer des dripping multicolores. Dans le même genre, Fat Tag de Theo Watson permet de tracer des graffitis qui se liquéfient. Plus littéraire, For All Season d’Andreas Müller propose un texte poétique par saison qui morphe dans d’abstraites animations faites de lettres. Joli mais assez anecdotique : on les télécharge, on les manipule pendant 5 minutes et on n’y revient plus.

Plus sophistiquée en matière de papier peint numérique, Reflect, programmé par le pape du webdesign, l’Américain Joshua Davis, permet de générer du bout des doigts des motifs kaléidoscopiques à l’infini, chaque utilisateur obtenant une création unique. D’autres pièces combinent sons et images dans des interfaces ludiques tel Eliss de Steph Thirion, à la fois jouet sonore et outil de création musicale fait de petites «planètes» à assembler. Ou encore Synthpond de l’artiste new-yorkais Zach Gage, consistant à poser des objets d’où émanent des cercles de couleur qui créent des sons lorsqu’ils rencontrent un autre objet.

Sampleur frénétique, Jason Forrest vient, lui, de sortir un synthétiseur de poche, Star6, qui a nécessité près d’un an de développement. Véritable instrument de musique live, l’application à 5,99 euros permet de manipuler des boucles sonores et de leur appliquer toute une gamme d’effets. Le programme propose des samples prêts à l’usage concoctés par le musicien berlinois mais aussi de télécharger ses sons, d’enregistrer et partager ses créations. «La prochaine étape, c’est de permettre de streamer les sons via Bluetooth, ce qui permettrait à plusieurs personnes de jouer ensemble», explique Jason Forrest au magazine De-Bug.

En effet, ces applications ne font pour l’instant pas grand usage de certaines spécificités de l’outil, notamment sa mobilité. L’artiste Jonah Bruckner Cohen, qui a lui aussi répertorié des applications artistiques pour le site Rhizome, cite RJDJ de Reality Jockey qui utilise l’iPhone comme un sound system génératif. L’application utilise le micro de l’iPhone pour capter les sons ambiants durant la journée. Casque sur les oreilles, on choisit l’une des «ambiances» proposées par des musiciens puis on se met en route. Les sons capturés en direct par le micro et/ou la vitesse de déplacement alimente et influence la musique jouée.

Paru dans Libération du 22 septembre 2009

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